A l’heure du Grenelle, de la Révolution verte voulue de part et d’autre de l’Atlantique, avec plus ou moins de sincérité, l’expérience de ce programme immobilier, initié par un promoteur de taille moyenne, Pierre Etoile, prouve que les EnR tiennent plus du parcours du combattant, et à quel prix, que d’un engagement de tous les acteurs de la vie économique et politique.
Le programme, qui fait partie de la ZAC des Bois de Rochefort à Cormeilles en Parisis réunit du collectif et des maisons ; le programme est labellisé Minergie®, label suisse qui garantit des performances énergétiques par trois principes de base :
- une enveloppe à isolation thermique renforcée et étanche à l’air;
- une ventilation automatisée et économe en énergie ;
- une production de chaleur à haut rendement (hybride solaire, bois et PAC)
Ce label suisse donne une vraie valeur ajoutée à la construction (entre 10 et 12%), et les banques suisses (connues pour leur prudence) donnent une prime pour ces logements, soit sous forme de baisse des taux, soit sous forme d’un prêt plus conséquent, sans oublier bien sûr une baisse des charges de fonctionnement très importante ! En France, on est encore loin de ce genre de réflexe, encore plus de prudence.
L’énergie primaire (à savoir celle de départ et pas celle affichée au compteur, dite énergie finale) exigée était en 2006 de 42 kWh/m²/an, elle est en 2009 de 38 kWh/m²/an ; dans l’ancien cette énergie finale peut atteindre 300kWh/m²/an.
Dans ce programme, certifié également Habitat et environnement par Cerqual, toutes les technologies ont été utilisées :
- Ouverture plein sud avec bow window de 8 m² pour récupérer la chaleur naturelle ;
- Isolation par l’extérieur avec 20 cms d’épaisseur de polystyrène expansé et isolation des planchers avec 10 et 20 cms ;
- Une bonne inertie avec à l’intérieur du béton quoi permet une meilleure circulation des masses de chaleur et donc une meilleure répartition du chaud ou du froid ;
- Une ventilation double flux pour mieux répartir l’air et récupérer un air filtré ;
- Un puits canadien (dans les maisons individuelles) pour mieux répartir la chaleur et le froid, relié à la VMC double flux ;
- Un chauffage électro solaire (dans les maisons individuelles) pour l’eau et les planchers, et un poêle à bois en sus en cas de nécessité ;
- Une PAC (pour les appartements et les maisons de ville) couplée à 9 sondes géothermiques à 90 mètres de profondeur avec un coefficient de performance (COP) de 4 c’est-à -dire qu’un kWh d’électricité consommé produit 4 kWh d’énergie ! La Pompe assure le chauffage et l’eau chaude.
A l’arrivée un programme exceptionnel dans sa conception, mais que de concessions ! Des entreprises générales peu mobilisées et peu nombreuses, des équipements chers et pas toujours autorisés, une absence de reconnaissance par EDF ( qui a obligé le promoteur à installer une chaudière électrique pour rien) et par GDF ( le gaz est privilégié alors qu’il émet 3 fois plus de CO² qu’une PAC) de l’énergie primaire, des études en amont longues et coûteuses, l’absence de compréhension du Grand Public de la problématique du prix de revient très supérieur, des réglementations, notamment avec la RT 2005, obsolètes, de la non reconnaissance de la géothermie couplée, la pris en compte partielle de certaines sources de chaleur comme le poêle et le soleil via les bow- windows ; sans parler des règles d’urbanisme qui ne prennent pas en compte les nouvelles problématiques thermiques.
Au final, une opération trop coûteuse (+ 40%) et une expérience à ne pas renouveler, ou alors avec du gaz (seulement 10% de surcoût), et la RT 2012, c’est encore loin. Il est dommage que la technocratie à la française ait encore frappé !
